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"A vous pères"

Publié le lundi 21 septembre 2015

Deutéronome 11 v.1-9

« Quant à vous, car je ne m’adresse pas à vos enfants qui ne connaissent pas les leçons que vous a données l’Éternel et qui n’en n’ont pas été témoins, reconnaissez aujourd’hui la grandeur de votre Dieu, sa force puissante et la vigueur de son bras. » (v. 2)

Moïse s’adresse à un peuple qui vient de connaître de grands miracles au moment de la sortie d’Égypte. On compare souvent cet événement à l’arrachement au monde, cette intervention de Dieu qui par sa puissance, a convaincu nos cœurs, tout comme Israël, de la réalité de Dieu. C’est en effet la première chose que Dieu a faite en parlant à Moïse, Il lui a révélé son nom. Car Israël en Égypte avait oublié même le nom de l’Éternel.

C’est donc par un miracle que la foi est venue dans nos cœurs, c’est un don de Dieu, le fruit de l’action de la Parole par le Saint-Esprit qui nous convainc de Lui. Et ce miracle est le plus grand des miracles, Dieu nous a sauvés de la puissance de notre péché et de la condamnation par la révélation de Jésus son Fils. Il a agi dans nos vies, par Ses actions concrètes dans notre existence en nous donnant un avenir, une espérance. Voilà ce que les pères connaissent normalement. C’est ce qu’Israël devait connaître après 40 ans de désert.

Avant de jouir des vraies promesses, Dieu parle à ces hommes qui ont vieilli dans le désert et leur dit : « Ce n’est pas à vos enfants que je m’adresse ». En tant que parents, nous espérons bien évidemment que Dieu parle à nos enfants. Mais avant qu’une telle grâce arrive, faudrait-il qu’il nous parle à nous ! En général les parents déplorent les défaillances de leurs enfants, leur légèreté, leurs péchés… Ils sont envahis de craintes par rapport à l’avenir. A cause des blessures de l’âge, de la faiblesse, de l’usure dans les combats, ils transmettent bien souvent à leurs enfants beaucoup d’amertume et d’incrédulité. Les amertumes viennent de nos déceptions et des blessures enregistrées, elles font la tristesse des vieillards. L’accumulation de déceptions rend souvent les vieux couples amers l’un vis-à-vis de l’autre. Quel est le mari qui ne décevra pas sa femme ou inversement ? Quel est l’enfant qui ne va pas aussi décevoir ses parents ? Quel est l’ami qui ne décevra pas son ami ? Quelle souffrance va passer sans laisser de traces dans nos âmes ? Ces amertumes engrangées transparaissent peut-être même dans notre témoignage, elles influencent notre regard sur beaucoup de choses. S’il est une chose redoutable et désolante, c’est bien de vieillir pour rien et que l’on vienne nous dire un jour : « tu as vieilli mais tu n’as fait aucun progrès, tu n’as rien appris, tu es toujours aussi insupportable… »

Dieu me consolera encore ! Et le prophète Jérémie dans ses moments de profond désespoir, au fond de la citerne, s’exclame : « Voici ce que je veux repasser dans mon cœur, ce pourquoi j’espère : les compassions de Dieu ne sont pas épuisées, elles ne sont pas à leur terme. » (Lamentations 3 : 25-33)

David demande à Dieu de lui donner la force, quand ses forces l’abandonnent, de proclamer encore sa puissance. « Dans la blanche vieillesse, ne m’abandonne pas pour que… » Mes enfants ont peut-être encore besoin de moi mais aurai-je la force pour les aider ? Quand les forces abandonnent, une sorte de regret triste s’installe et puis cette espèce de chant du cygne que l’on voudrait pousser à la fin de la vie pour impressionner les générations suivantes. Certains ont même le sentiment de rajeunir…

Un pasteur arrivé en fin de carrière disait toujours « je me sens rajeunir comme l’aigle » … mais il était le seul à le dire ! Alors le jour où nous pensons rajeunir, il faut bien se dire que nous vieillissons sérieusement … On dit parfois avec mélancolie : « ah ! si jeunesse savait et si vieillesse pouvait, ça serait formidable ! » Eh bien, ce n’est pas à la jeunesse de savoir, c’est la vieillesse qui doit savoir pour apporter la force et le témoignage à ceux qui peuvent.

Inutile de se plonger dans les nostalgies et les regrets de ceux qui « ont vécu ». Des personnes âgées qui refusent leur âge peuvent détruire le témoignage de leur vie, faute d’accepter les conditions de la vieillesse. Si nous pouvons demander au Seigneur un renouveau de force comme le faisait David dans ses vieux jours, c’est pour parler de la bonté de Dieu et sa fidélité. Alors des questions se posent à nous : que sort-il de ta bouche? Qu’est-ce qui émane de ta vie ? Quel est le témoignage que tu portes ? Tes enfants savent-ils la puissance que Dieu a manifestée pour que tu croies ? L’ont-ils déjà entendu ? Entendent-ils des actions de grâce et de la reconnaissance ?

Il est rare d’entendre de la bouche d’un père un encouragement du genre : « Je suis fier de toi, je te remercie pour ce que tu fais, merci fiston ». Les parents aiment souligner ce qu’ils auraient aimé et qui n’est pas venu et si la chose n’est pas formulée, leur attitude les trahit. Mais la reconnaissance, le témoignage de l’action de Dieu, l’expression d’une foi et d’un encouragement pour affronter les difficultés de la vie sont si rares et pourtant les jeunes en ont tant besoin.

Il est vrai que la vie est peut-être de plus en plus difficile et que nous pourrions craindre les affres de la mort pour l’Église. Et pourtant le christianisme a survécu 20 siècles, et l’Église a déjà connu bien des périodes où elle n’était pas florissante. Au sortir des persécutions, les protestants n’étaient vraiment pas extraordinaires. L’église a souvent frôlé la mort, mais celui qui croit doit dire, même si la mort est là: « Tu nous redonneras la vie, tu nous consoleras encore, tu agiras de nouveau comme tu as agis » parce que Dieu est Dieu. Et Dieu rappelle à son peuple : « souviens-toi de la manière dont j’ai agi ».

Dieu veille sur sa Parole pour l’exécuter. Au sein de l’hiver, il nous appelle comme Jérémie à regarder la branche d’amandier qui fleurit. Nous sommes en hiver, il y a encore des gelées, la végétation n’a pas repris, mais Jérémie voit la branche d’amandier hâtif et l'Éternel lui dit : « Tu as bien vu ; car je veille sur ma parole, pour l'exécuter ». (Jérémie 1 : 12)

Le jeune voit et se décourage parce qu’il ne sait pas. Il n’a pas été encore au bénéfice des leçons que les épreuves de la vie nous ont apprises, il n’a pas connu encore le joug écrasant de l’Égypte. Mais il existe la délivrance que nous avons peut-être reçue avec chants de joie et de triomphe, même si nous l’avons quelque peu oublié. Les plus jeunes n’ont pas encore connu les leçons d’humiliation, de brisement, d’obéissance sur le chemin de purification, mais nous l’avons connu et qu’en avons-nous fait ? Aujourd’hui, Dieu nous parle encore à nous ‘pères’ pour nous dire : « Attention ! Ils n’ont pas encore vu ce que toi tu as déjà vu ! Alors sois donc témoin de ce que tu as vu, de ce que je t’ai dit, des leçons que tu as apprises. »

Nous sommes appelés à vieillir dans plus de sanctification et de consécration car il existe un très grand danger dans l’âge : ne plus arriver à cacher ce que nous sommes, ce que nous avons contenu par la volonté toute notre vie. Notre honte risque de paraître car nous avons préféré nous cacher par orgueil plutôt que d’apprendre les leçons du Seigneur et à vieillir en se laissant instruire par Dieu en profondeur. Alors nous ne pouvons pas traduire ce que le Seigneur nous a appris et moins nous avons appris, plus nous faisons de reproches à nos enfants. N’ayant pas cru et reçu pour soi, on désespère qu’ils reçoivent pour eux-mêmes !

C’est pourquoi à chaque âge, même si nous avons 30 ans, nous sommes déjà parents et Dieu s’adresse à nous : « c’est à toi que je parle car tu as été instruit. » Aux pères et aux mères, il demande : « Raconte à la génération qui suit les œuvres de Dieu. Offre ces sacrifices de reconnaissance, manifeste ta louange et énumère Ses bienfaits. »

Nous savons que la tradition orale a permis de transmettre la Bible que nous avons aujourd’hui. Les anciens devaient raconter de manière à ce que les enfants se souviennent. Il fallait donc le redire souvent ! Nous regrettons souvent de ne pas avoir assez écouté nos anciens. De leurs récits, il ne reste que quelques vagues souvenirs. Le témoignage n’est pas une chose qui se dit seulement une fois de temps en temps. On ne peut dire : « je l’ai dit une fois, ils le savent… » Le témoignage doit être dit et répété ! L’action de grâce, la louange, la reconnaissance, le témoignage des œuvres de Dieu doivent se dire et redire à nous-mêmes et aux autres. « Voici ce que je veux repasser en mon cœur, ce qui me donnera de l’espérance, les bontés de Dieu ne sont pas épuisées, ses compassions ne sont pas à leur terme. »

Au moment où le peuple épuisé après le désert ne sent pas la force de combattre pour le pays promis, Dieu lui parle d’avenir car il y a de l’espoir ! La foi ne s’éteindra pas car le Tout-Puissant la ranime.

Nous n’avons pas inventé la foi, si nous sommes ici aujourd’hui, c’est que d’autres l’ont transmise, des témoins avant nous ont conservé la Parole, en ont témoigné, alors que l’Église n’était plus qu’un lumignon qui fume à peine. Parfois un seul a cru au sein d’une famille et cette foi-là transmise a fait que nous croyons aujourd’hui.

Nous pensons souvent qu’il faut être nombreux pour avoir de l’impact. La Parole dit l’inverse : « Regardez, informez-vous, cherchez dans les places, s'il s'y trouve un homme, s'il y en a un qui pratique la justice, qui s'attache à la vérité, et je pardonne à Jérusalem ». (Jérémie 5 : 1)

Nous pouvons être instrument de salut pour toute notre famille par un acte de foi véritable, par un témoignage authentique des œuvres de Dieu. C’est le véritable ministère d’une personne qui vieillit. En voulant être actif à tout prix, nous empêchons les jeunes de faire et nous ne leur transmettons pas ce dont ils ont besoin. Jusque dans l’extinction de notre existence, il nous délivrera encore de la mort. La mort menace toujours, c’est le « chemin de toute la terre ». Elle menace les familles, nos vies, celle de nos enfants et bien sûr l’Église. Nous sommes des êtres de chair, la mort nous attire toujours et elle vaincra en ce qui concerne nos corps. Mais la vie triomphera parce que Jésus est résurrection et vie.

A mesure que nous vieillissons, notre vocation se rétrécit mais se précise. Pourquoi vivre encore, alors que nos forces nous abandonnent ? Nous vivons car nous sommes les témoins de l’antique foi, nous pouvons montrer les anciens sentiers, poser des bornes et des poteaux de manière à ce que les jeunes ne perdent pas le chemin. Nul ne peut tracer de nouveaux sentiers comme il veut, mais en suivant les anciens sentiers ils pourront alors être conduits plus loin et découvrir les nouveaux. Qui connaît ces anciens sentiers, sinon nous qui sommes devant et qui avons déjà pris les leçons, avons déjà été enseignés et pouvons en témoigner ?

C’est ainsi que Dieu s’adresse aux parents, aux pères aux mères, il parle aux anciens. Nous avons une vocation jusqu’au bout par notre présence et notre foi, en étant témoins de la réalité de Dieu, de sa puissance et de sa force, alors que nous n’avons plus de force.

La puissance de Dieu ne se voit pas par notre force. Plus nos forces s’amenuisent, plus grand est le témoignage de la force de Dieu. Ce n’est pas par notre puissance qu’elle va se manifester mais par le témoignage de Sa puissance au sein-même de notre impuissance, de sa richesse au sein de notre pauvreté, de sa sagesse au sein peut-être même de notre sénilité. La Parole l’atteste et nous exhorte aujourd’hui quand nous entendons la voix de Dieu. Restons à son écoute et souvenons-nous de ses miracles.

Dans les moments de silence où Dieu se tait, nous pouvons alors nous exhorter par le souvenir des miracles déjà accomplis. Le fait que nous soyons si nombreux à vivre ce que nous vivons est déjà un miracle en soi ! Quand nous avions commencé la Mission, jamais nous n’aurions imaginé remplir un jour le temple d’Anduze de nos cantiques, c’était impensable. On disait de nous : « regardez, ils ne sont que trois pelés et quatre tondus ! »

Malgré nos défaillances, nos infirmités, notre pauvreté et l’ostracisme subi, c’est bien un miracle si nous sommes aujourd’hui si nombreux ! Sachons voir les miracles de Dieu et surtout recevoir les leçons. « Les plus jeunes ne savent pas les leçons que tu as apprises. Alors enseigne-leur ces leçons en exprimant ta foi et ta reconnaissance. »

Nous ne sommes pas destinés à être vaincus par le mal, le malheur et la honte, mais à être constamment saisis par l’amour de Dieu afin de conduire la génération qui suit dans une véritable foi qui conduit à la victoire. Nous pouvons connaître jugements, échecs et humiliations, il n’en reste pas moins vrai que le miracle est en Dieu et que sa victoire est promise.

Que dans nos yeux, dans nos cœurs et par nos bouches, nos enfants voient la victoire du Seigneur. Qu’ils soient témoins de notre foi en toutes circonstances. Il nous sauvera encore de la mort, Il nous sauvera encore du mal et du péché, Il sauve et II fait vivre.

Voilà le témoignage véritable de l’Église, de Jésus sauveur, de Dieu vainqueur.

Que l’Esprit ranime notre espérance et que tout en étant lucides sur les dangers et dénonçant les erreurs, peut-être les péchés, nous sachions toujours et en toutes circonstances confesser la grâce et proclamer la victoire qui est en Jésus-Christ notre Seigneur.

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