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Vigilance, oui mais comment ?

Publié le lundi 09 février 2015

« Mettez une ceinture à vos reins, et que vos lampes soient allumées. Et vous, soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin de lui ouvrir aussitôt qu'il arrivera et frappera. Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant. En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et s'approchera pour les servir. Qu'il arrive à la deuxième ou à la troisième veille et les trouve ainsi, heureux sont-ils ! » (Luc 12 : 35)

« Dis-nous quand cela arrivera-t-il et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? (…) en raison des progrès de l'iniquité l'amour du plus grand nombre se refroidira. Mais celui qui persévèrera jusqu'à la fin sera sauvé. » (Matthieu 24 : 12)

L’ordre de veiller est adressé aux croyants de tous les temps. Des signes précéderont le retour du Seigneur, nous sommes appelés à les discerner dans l’histoire du monde mais la vigilance est avant tout de mise au niveau de notre vie personnelle. Malgré notre expérience de la vie chrétienne, les épreuves et les tentations sont toujours bien présentes, les séductions sont multiples, elles nous touchent personnellement mais envahissent aussi l’Eglise.

Nous n’en percevons pas forcément tout l’arrière-plan et les enjeux. Cette exigence d’euphorie perpétuelle qui imprègne la piété évangélique, ces fausses doctrines et faux docteurs qui séduisent, « Plusieurs faux prophètes s'élèveront et séduiront beaucoup de gens » sont des réalités plus que jamais présentes, même si nous n’y sommes pas confrontés personnellement. Quelle est par exemple cette idée, nouveauté du 20ème siècle, qu’il est indispensable de parler en langue pour s’édifier (voire se convertir), alors que durant les 19 siècles précédents, les croyants se sont édifiés par la Parole ?… Ce qui sous-tend de telles pratiques doit être discerné et éprouvé. Sans clairvoyance et sans fermeté, comment supporter la confrontation, créer une brèche, espérer apporter autre chose ? Ce contre quoi nous sommes appelés à lutter sont des puissances et des esprits mauvais dont on ne discerne pas toujours la teneur.

Par ailleurs, la mondanité exerce plus que jamais son pouvoir d’attraction par le moyen d’internet qui nous offre tous les péchés au bout des doigts. La vigilance est d’autant plus difficile à maintenir. Ce que nous voyons de nos difficultés personnelles nous décourage, notre marche ressemble à une course d’obstacles, une lutte permanente. On en vient à dire : « puisque j’en suis toujours à ce point-là après tant d’années de vie chrétienne, à quoi bon ? » On attend un état de paix et de victoire qui ne vient pas et nous nous décourageons. Notre seul recours, c’est bien la grâce, mais comment maintenir la vigilance ? La vie spirituelle fait défaut partout. Même les étudiants en formation disent avoir besoin des devoirs bibliques, sans quoi ils ne lisent pas la Bible ! (vu que certains n’ont rien rendu en 6 mois, il y a donc lieu de s’alarmer…)

Comment veiller et prier sans cesse ? La foi se manifeste lorsque je n’y crois plus ! C’est l’acte de foi qui s’exprime au plus profond du doute exprimé par cette redoutable remise en question : « Me serais-je trompé ? » Pourtant nous n’avons rien inventé, 20 siècles de christianisme nous ont précédés ! Notre foi s’est fondée sur les témoins de la vie de Jésus et des apôtres, nous sommes bien dans la succession apostolique. Nous croyons à des réalités qui nous dépassent mais qui sont bien mises à mal lorsque l’épreuve dure. Le maître tarde à venir et notre regard se fixe sur tout ce qui ne va pas…

Lorsque les serviteurs baissent de vigilance, c’est la méchanceté qui prend le dessus, l’envie de se laisser aller, de ne plus rien faire. Et l’intensification des convoitises qui a pour issue la débauche. Tout le monde fait la fête, pourquoi ne pas se permettre un peu de légèreté ? Tous les serviteurs de Dieu connaissent cette tentation, dès lors qu’ils se détournent du commandement.

Le saint commandement, c’est l’amour et c’est là que se situe notre vigilance. Se détourner de la vigilance, c’est donc se détourner de l’amour fraternel. « A cause du progrès de l’iniquité, l’amour se refroidira. » La méchanceté se manifeste par le simple fait de ne pas accorder à ceux qui me sont confiés ce que Dieu m’a demandé de leur donner : la nourriture au temps convenable. Je ne peux priver mes amis de ce qu’ils attendent de moi, des biens matériels ou spirituels. Dès lors que nous sommes dans l’Eglise avec un quelconque engagement, c’est à cela que nous sommes appelés. Notre vie est portée vers l’autre, le secourir dans la foi, le ramener à l’amour, c’est un combat constant.

Se dire « j’ai déjà donné, cela suffit » signifie déserter sa responsabilité. Nous aurions peut-être espéré jouir des avantages du passé, des droits acquis par notre fidélité, mais l’amour est en pure perte ou il n’est pas, il ne confère aucun droit. Si je continue à exercer mon ministère, est-ce pour conserver un statut ou bien pour donner ce que j’ai encore à donner ? Si c’est juste pour défendre une position à laquelle je tiens, ce n’est plus un don mais une prise de pouvoir et une domination, c’est un faux service qui est pire que l’absence de service. Or, l’amour est un don sans aigreur ni exigence.

Qu’est-ce que la vigilance ? Attaqué par le pouvoir des ténèbres, dans un moment d’extrême angoisse, le Seigneur invite ses disciples à veiller et prier. Mais leur amour n’est pas suffisant pour veiller avec lui, ne serait-ce qu’une heure ! Ils agissent là comme un mari qui jouerait à la belote pendant que sa femme accouche…

Notre sensibilité s’étiole si vite et l’amour est étouffé par toutes sortes de raisons.

Le labeur du quotidien, par exemple, contient une violence cachée. « L’homme gagnera son pain à la sueur de son front » et il lutte sans cesse contre ce qui résiste. C’est le problème du paysan : il travaille la terre qui est nourricière mais aussi marâtre. Il lui faut assujettir les éléments, d’où la fatigue, la lassitude. Si nous ajoutons une pression avec des exigences, ce sont autant d’ingrédients qui engendrent la méchanceté et nous pouvons l’observer dans toutes les activités humaines, voire « ecclésiales ». Au lieu du support donné au faible, c’est la violence qui prend le pas pour pouvoir s’imposer et réussir. Cette violence donne à certains la force pour travailler, mais elle s’oppose radicalement à la douceur et la compassion, ainsi le support donné au faible disparaît. Seuls les forts subsistent, les plus résistants. La volonté de s’imposer, le souci de faire sa place et de s’y maintenir sont des motivations qui éloignent de l’amour, même les ministères en sont imprégnés.

Les autres autour de nous sont blessés et nous ne voyons plus qu’ils souffrent, nous ne percevons plus leurs besoins. Or, la première préoccupation du croyant c’est bien le Seigneur et le prochain, car l’amour envers Dieu doit toujours se concrétiser envers notre prochain. « Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, ne peut aimer Dieu qu'il ne voit pas. » (1 Jean 4 : 20)

Nous avons trouvé notre rythme, la machine tourne très bien, l’Eglise a trouvé son équilibre et nous ne supportons guère qu’elle puisse être ralentie par les faibles, « les gens à problèmes ». Par souci de progression et d’extension, pris par toutes sortes d’œuvres, nous en arrivons à priver les frères du support dont ils ont besoin. Alors l’amour n’est plus qu’une idée. Nous nous inquiétons de ne pas tomber en tentation ? Ne nous y trompons pas : le signe que nous ne sommes plus vigilants, c’est que nous avons perdu de vue l’amour. Il vaut mieux vivre une ambiance de douceur et de support mutuel que d’être efficaces dans notre activité et satisfaits dans nos désirs de croissance ou de rentabilité. En s’occupant des autres, on a parfois le sentiment de perdre son temps, et c’est vrai, il a fallu parfois beaucoup de temps pour qu’un faible puisse s’en sortir, mais au bout du compte, c’est bien Dieu qui fait fructifier son œuvre, comment ne pas le reconnaître ?

Nous avons tous des défaillances les uns et les autres, mensonge, orgueil, sexualité … chacun retombe dans sa nature propre que Satan connaît. Il rôde et nous fait tomber dans nos faiblesses. Un drogué restera toujours fragile et il nous faudra combattre les uns pour les autres jusqu’à la fin. Plutôt que de s’ériger en juge face à nos chutes, n’oublions pas ce qui nous est donné pour nous maintenir dans la foi et nous garder des pièges : l’amour fraternel. Si ton frère tombe, prie pour ton frère et le Seigneur le relèvera.

« Ils persévéraient dans l’amour fraternel, la fraction du pain et dans la prière » (Actes 2 : 2) Ce soutien communautaire nous est indispensable car la prière solitaire est difficile. C’est pourquoi nous avons besoin de nous associer au combat de l’Eglise dans la confession de sa foi, dans la louange et la prière. Voilà ce qui nous maintient loin du mal. Les croyants s’édifient sur leurtrès sainte foi (Jude 1 : 20) même si parfois, la lassitude guette. A qui n’est- il pas arrivé de dire une fois ou l’autre : « j’en ai marre des réunions et rassemblements d’Eglise ? » Certes, nous n’en manquons pas… mais c’est pourtant ce qui nous permet de nous entrainer les uns et les autres dans la piété et l’amour.

Pour revenir à notre devoir, nous devons donc donner avec fidélité à ceux qui attendent de nous.

« Demandez et vous recevrez » a dit Jésus. Demander fait partie de l’humilité, même si notre éducation nous a appris l’inverse. Celui qui ne demande pas ne sera pas sensible à la demande car il se dit : « Celui-là a le culot de demander alors que moi je suis fier de ne rien réclamer »… Ainsi toute demande le rebute. Ce sont des valeurs fausses, la Parole enseigne l’inverse ! En attendant, l’amour du plus grand nombre se refroidit. Il y a tant de besoins et si peu de personnes pour faire le travail.

Malgré le fait qu’une église évangélique se crée en France tous les 10 jours, les institutions nationales de formation peinent à trouver de l’aide pour accomplir les tâches pratiques. On parle beaucoup de stratégies, de projets. Même les personnes à aider deviennent des catégories, on envisage des programmes pour eux mais tout est conceptuel ! On discute des drogués, mais qui accepte de les accueillir ? Nombreux sont les responsables qui nous avouent être seuls, sans aide. Mais il nous faut reconnaître que ce phénomène ne touche pas que les autres. Chez nous aussi, il devient difficile de trouver un ami disponible et sensible pour prier avec nous lorsqu’on va mal. Il ne faudrait pas que nous en venions au constat que Paul partage aux Philippiens : « je n'ai personne qui partage mes sentiments, pour se soucier sincèrement de votre situation ; tous, en effet, cherchent leurs propres intérêts et non ceux du Christ-Jésus » (Philippiens 2 : 20)

Qu’est-ce que le Seigneur demande de moi ? Que je sois bien ou non, que je sois dans le doute ou dans l’assurance, que j’en aie envie ou pas, la nécessité m’est imposée : « donne la nourriture à tes gens au temps convenable, fais ce que tu as à faire. Ne regarde pas si tu en as les récompenses, les retombées positives. Il t’est demandé ceci : c’est toi qui dois aimer. » C’est là que la méchanceté se dévoile et le Seigneur nous répond : Serviteur méchant et paresseux. Tu dis que tu n’as qu’un talent, que tu n’arriveras à rien, en attendant tu critiques, tu fermes ton cœur et tu refuses de donner !

Voilà notre tentation, c’est notre épreuve, notre combat. Nous maintenir dans l’amour fraternel, agir avec persévérance dans la pratique de notre service et de notre culte pour qu’au moment où nous serons repris sans nous y attendre, nous soyons fidèles à notre poste.

Alors, nous nous aidons mutuellement à nous « remettre en selle » pour que nous soyons tous fidèles à notre appel. Parfois, il nous arrive de pardonner ce qui semblerait impardonnable, de garder des frères à leur poste malgré des fautes « sanctionnables », ce que d’aucuns pourraient considérer comme une injustice. Mais ils ont été appelés et dans un esprit de repentance et de foi nous surmontons avec eux le mal par le bien. « Confie-toi en l'Eternel, et pratique le bien ; aie le pays pour demeure et la fidélité pour pâture. » (Psaume 37 : 3).

Quels sont les signes qu’une œuvre est en train de défaillir et de perdre pied ? Lorsqu’elle perd son amour. Revenons donc à l’amour malgré nos défauts et péchés. Disqualifiés, nous le serions tous, le pardon et la purification nous sont accordés car, si Dieu gardait le souvenir de nos fautes, qui pourrait subsister ? Les vrais dangers sont la désertion de la communion fraternelle et l’abandon de la charité, l’endurcissement du cœur.

Si nous nous aimons, nous resterons toujours ensemble, nous nous servirons et nous nous protègerons mutuellement. Dans cette communion, le corps de l’Eglise reste vivant, et il se garde des séductions du monde.

Le Seigneur revient, puissions-nous être trouvés vigilants dans cet amour.

« Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant. En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et s'approchera pour les servir. » (Luc 12 : 37)

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