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Il n’éteint pas le lumignon

Publié le vendredi 20 janvier 2017

« Voici mon serviteur, celui que je tiens par la main ; mon élu, en qui mon âme prend plaisir. J’ai mis mon Esprit sur lui ; il fera régner la justice parmi les nations. Il ne criera point ; il n’élèvera point sa voix et ne la fera pas entendre dans les rues. Il ne brisera pas le roseau froissé et il n’étouffera pas le lumignon qui va s’éteindre. Il fera régner la justice en toute vérité. Il n’aura ni défaillance ni découragement jusqu’à ce qu’il ait établi la justice sur la terre ; et les îles mettront leur confiance en sa loi.

Le modèle qui nous est dépeint dans ce texte d’Esaïe ne correspond guère à ce que le monde religieux poursuit aujourd’hui. On nous fait croire qu’un croyant devrait vivre de manière glorieuse et bruyante, au nom d’un Evangile décomplexé. Mais Dieu a choisi des faibles et non des tapageurs et le Messie est présenté comme celui qui n’élève pas la voix et ne la fera pas entendre dans les rues. On cherche instinctivement l’homme fort plutôt que le serviteur souffrant et le bruit a pris la place de la Parole dans bien des Eglises préoccupées de grandeur et de visibilité. Etre plus glorieux, plus reconnu, plus grand ; mais qui accepte encore de porter l’opprobre du petit troupeau ?

Il nous faut avouer que les belles salles des « mégas-churchs » nous font envie. Pour en avoir visité quelques unes ces dernières années, nous ne nous sentons pas indemnes d’une telle jalousie assortie de quelques interrogations du genre : « alors que nous avons tant de besoins et que nous ne cherchons guère le prestige, pourquoi tous nos projets sont-ils si laborieux ? Puisque d’autres y arrivent en suivant parfois de fausses doctrines, ne pourrions-nous pas avoir les moyens pour servir à une cause plus biblique ? »

Or, les circonstances nous ramènent ces derniers mois vers des projets plus modestes, mais certainement davantage en accord avec notre vocation. Nous y voyons la grâce de Dieu qui ne permet pas que nous nous égarions loin de son plan. L’achat d’un terrain agrandissant notre espace nous échappe et nous a contraints à une solution plus adaptée aux priorités d’accueil. Le projet d’école suscitait quelques controverses, il a rencontré l’unanimité dès qu’il s’est réorienté clairement envers les enfants en difficulté… comme si nous étions malgré nous attirés vers plus humble. Les partages lors de la dernière pastorale nous ont montré à quel point cette priorité s’imposait à nous un peu partout dans nos Eglises.

Celui qui s’attache à suivre le Seigneur sera sans cesse ramené vers ce qui est petit, car l’Eglise est un petit troupeau. Cette magnifique prophétie messianique se concentre sur le roseau broyé, la mèche qui peut à peine brûler. C’est-à-dire les faibles, les victimes du sort, ceux que la vie n’a pas gâtés. Car ce sont eux que le Seigneur a choisis pour confondre les choses fortes. Il s'occupe de celui qui vacille et qui s’attend à lui au sein de son humiliation.

C’est ce que nous étions pour beaucoup d’entre nous. Aujourd’hui, par la bénédiction dont nous sommes l’objet, nous et nos enfants, sommes en passe de devenir des « forts ». Allons-nous chercher à fortifier les forts pour qu’ils le deviennent davantage encore, ou bien prendrons-nous à cœur ce qui est petit et méprisable ?

On rencontre généralement beaucoup plus de préoccupations liées à la place que chacun voudrait occuper dans l’œuvre que de soucis quant aux personnes défaillantes, les infirmes de l’âme et du corps… Ceux là nous encombrent, le poids du malheureux, du malade qui ne peut marcher tout seul, alourdit en effet notre marche. Il est vrai qu’on ne prend pas un roseau cassé pour s’en servir de tuteur dans les travaux de jardinage, un roseau broyé n’a aucune utilité ! Mieux vaut chercher à se faciliter la vie que de s’encombrer. Il est plus agréable de se repaître de notre place au chaud que de chercher le long des haies et des chemins les estropiés… Nous disons vouloir ouvrir notre maison, mais dans les faits, elle demeure vide car on préfère spontanément s’impliquer dans des activités plus valorisantes, côtoyer des gens plus intéressants. Inquiets de nous élever, nous ne discernons plus la volonté de Dieu, ne comprenons plus les indications de l’Esprit. Les besoins de l’œuvre sont immenses, beaucoup semblent être appelés, mais nous laissons-nous vraiment bouleverser par le sort des brebis perdues et malades ?

Le serviteur de Dieu doit avoir le cœur tourné vers les faibles, car c’est ce qu’il est lui-même. Il ne se préoccupe pas d’être reconnu, mais cherche à connaître ceux que le Seigneur lui envoie pour en prendre soin. Le bon berger porte dans ses bras la brebis malade. Il n’a pas de dédain pour les peines du malheureux, car ce qui est petit à nos yeux a de la valeur pour lui. Plutôt que d’aspirer à l’élévation, acceptons d’être humiliés avec les humbles car nous sommes bien des leurs. Nous pourrons alors les secourir.

Le Seigneur est auprès de celui qui est abattu, qui a perdu toute illusion. C’est lorsque l’homme est convaincu que la cause est perdue, qu’il y a le plus d’espoir que le souffle divin ranime la mèche qui s’éteint. D’un souffle doux et léger, il sait maintenir la flamme qui vacille, contrairement au souffle puissant qui étouffe le peu de vie sous un nuage de cendre. Le Seigneur ne rallume pas les feux incandescents, mais le lumignon qui seul ne peut brûler. Jésus a été cet homme au cœur brisé, mais il s’est abandonné à la volonté de son père. Il est mort à cause de sa faiblesse, mais il vit par la puissance de Dieu, car c'est Dieu qui relève ; ce n’est pas à l’homme de chercher à grandir.

C’est en expérimentant moi-même ce chemin que je peux être un secours pour celui qui le traverse aussi. Je n’aurai pas forcément une réponse à lui apporter, mais par les dispositions d’un cœur humble et brisé, je permets à l'Esprit Saint de souffler. « Je ferai reposer mon esprit sur lui » dit Dieu à son oint. Il faut passer par le dépouillement de nos forces vives pour pouvoir agir par la force de Son Esprit. C’est seulement là que Dieu nous utilise, après que le brisement nous ait contraints à ne plus pouvoir agir seuls.

Le Seigneur fera triompher la justice et les nations espéreront en son nom, c'est-à-dire tous ceux qui s'ajoutent à Israël. L’envergure universelle de cette promesse contraste tellement avec ce qui précède ! D’aucuns auraient imaginé que seule une puissance de domination violente puisse produire un tel impact. Ce qui est élevé impose généralement une violence, la seule arme dont l’homme dispose pour combattre l’injustice. Même l’Esprit Saint peut être convoité comme une arme guerrière afin d’accomplir l’œuvre de Dieu.

Or Jésus-Christ établit la justice par une œuvre d’injustice : le sacrifice d’un innocent à cause de sa faiblesse. Les Huguenots n’ont pas dû bien lire les Evangiles, eux qui ont préféré les armes…Les armes de Christ ne sont pas charnelles et son royaume n’est pas de ce monde, sans quoi ses serviteurs auraient combattu pour lui.

Tous les pouvoirs humains se détruisent les uns par les autres au nom de la justice, mais ce qui animait Jésus, c’était la douceur. C’est assis sur un ânon qu’il choisit d’entrer dans Jérusalem. Le symbole parle de lui-même, notre roi des rois n’est pas celui qu’on attendait. Face à un tel modèle, l’homme avide de gloire n’éprouve que frustration.

Nous voudrions tellement « sauter » les échelons comme on cherche à grimper dans « l’ascenseur social », mais le saut que le Seigneur nous propose n'est pas celui que nous voulons faire. Nos modèles sont si éloignés du divin modèle. Notre réaction violente dès que notre image est égratignée, ou bien notre jalousie accusatrice envers ce qui est plus grand que nous, témoignent de notre désir d’être supérieur.

Tout sacrifice paraît injuste. Mais comment prétendre à un ministère si nous ne comprenons pas qu’il exige le sacrifice de notre personne, consistant en premier lieu à donner sa vie pour ses frères ? C’est pourquoi la rivalité gangrène bien des collaborations. On veut montrer ses capacités, être admiré et reconnu pour notre intelligence ou nos fruits. Nous croyons que l’Eglise fonctionne comme le monde : C’est le plus fort et le plus talentueux qui prendra la place. Nous mettons tout en œuvre secrètement pour cela et méprisons le reste. Cette religion, c’est l’islam et non le christianisme, c’est en tout cas la loi du monde.

Notre Mission ne s’est pas bâtie ainsi, si elle change de cap, elle perdra ce qui lui a été donné. Le peu de puissance de l’Esprit dans notre service peut très bien venir du fait que nous nous sentons trop forts ou encore trop illusionnés sur nous-mêmes. N’oublions pas que Dieu se sert de nous s’il le veut et que rien ne l’y oblige !

Nous sommes appelés à mener un combat alors que toute force nous est ôtée et c’est un tiraillement bien douloureux. L'œuvre se fera uniquement par Son Esprit et dans Sa douceur. La douceur du Seigneur est forte mais elle ne nous élève pas, c’est pourquoi nous la redoutons. C’est pourtant la force du combat, car le Seigneur ne faiblira pas jusqu’à ce qu’il ait établi la justice, il exercera son secours envers le malheureux sans faillir, sans se décourager. Nous en serons au bénéfice si nous acceptons d’être de ces fragiles qui lui font confiance, car Il est auprès de ceux qui ont le cœur brisé. La douceur doit remplacer la violence de nos intentions, de nos projets. Ne prenons pas le risque de lutter à l'inverse de ce que Seigneur nous demande.

Le Seigneur aime celui qui est faible dans la foi, car il peut être sa force ! « Heureux l'homme dont la force est en Dieu ». C’est ainsi qu’il désire poursuivre son œuvre avec ceux qu’il a choisis. Que le Seigneur nous garde de nos illusions, qu’il nous délivre de nos complexes, nous sommes les faibles qu’il a choisis pour manifester sa gloire. Acceptons-le de nouveau avec foi et reconnaissance.

Daniel & Jérémie

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