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Jusqu’à ce que Christ soit formé en vous…

Publié le vendredi 10 avril 2015

En exhortant les Galates, Paul reste conscient de ce qu'il est : « Frères, je vous en supplie, soyez comme moi, puisque moi aussi je suis comme vous ». Il n’oublie pas qu’il a été persécuteur de l'Église, le plus grand des pécheurs. Ce n’est donc pas avec hauteur qu’il s’adresse à eux mais animé par un amour maternel, il exprime sa douleur comme venant des entrailles, la douleur de l'enfantement.

« Mes enfants, pour qui j'éprouve de nouveau les douleurs de l'enfantement, jusqu'à ce que Christ soit formé en vous… »

Cette manière de parler exprime la crainte de Paul : ceux qu’il a gagnés à la foi sont sur le point d’être séduits et détournés de la vérité. Des faux docteurs sont à l’œuvre, ceux qui trompent par « l’habileté à rendre l’erreur séduisante » (Éphésiens 4 : 14, version synodale). C’est le propre du langage diabolique : dire autrement que ce que Dieu dit, de manière à détourner de la voie droite et quitter le terrain de la foi. La séduction est d’autant plus dangereuse qu’elle est au plus proche de la vérité en employant les mêmes mots pour finalement détourner de la piété véritable.

Au lieu de manifester de la jalousie ou de se lancer dans une autojustification, Paul exprime sa douleur. Il l’exprime comme le dirait une mère qui laisse parler sa douleur, il ne trouve pas d’autres mots.

Les Galates sont comme ses enfants puisqu’il les a amenés au Seigneur et qu’il a combattu pour eux. Paul connaît le prix de la vie. Un souvenir que le temps peut estomper mais que l’on retrouve immanquablement lorsqu’il s’agit d’enfanter de nouveau. Certaines femmes disent : « je ne savais pas que ce serait encore si dur après le 4ème… » L’idée d’une naissance facile telle qu’on veut la présenter aujourd’hui nous est plus agréable, tout comme les idées de croissance extraordinaire. Qui ne préfère pas les belles histoires ? Dès que cela coûte quelque chose, nous sommes beaucoup moins intéressés…

« Arracher au feu » et à la puissance des ténèbres une âme qui se perd, ne se fait pas sans douleur, on s’y brûle forcément !

S'arracher soi-même est déjà bien douloureux. Une femme d’origine juive a témoigné qu’au moment de sa conversion, elle avait le sentiment de renier 20 siècles d’histoire ! Paul était juif, c’était sa vie, son héritage, il a accepté d’en être arraché, entrainant à sa suite dans le même arrachement beaucoup de juifs convertis à Jésus-Christ. S’il est difficile de s’arracher soi-même, il est encore plus douloureux de le vivre pour ceux qu’on aime.

Des hommes étaient sur le point de convaincre les Galates en les ramenant au passé par la circoncision, c’est-à-dire les faire revenir sur ce pourquoi Christ est mort ! Autrement dit, ne pas accepter cet « arrachement ».

On préfère naturellement suivre l’idée syncrétiste qui nous éviterait une coupure radicale avec le passé, en proposant d’ajouter seulement quelques éléments nouveaux aux vieilles pratiques. C’est la grande tentation du monde religieux aujourd’hui. Au lieu de vivre en rupture avec sa famille et son peuple, on veut perpétuer sa race, son nom, comme si nous étions encore dans l’ancienne alliance et qu’il n’y avait pas d’autre espérance. Après avoir connu l’espérance céleste et la vie nouvelle en Jésus-Christ, quelle importance, si notre nom disparaît ? La croix crucifie ces choses pour pouvoir connaître la vie de Christ et être porteur de vie.

Retourner à la loi, c'est déchoir de la grâce, tandis que le pire des péchés à nos yeux nous conduit à saisir la grâce comme seul refuge. Pour que Christ soit formé en nous, il nous faut bien accepter la rupture en reniant ce que nous considérions comme un gain, un honneur.

Mais nous sommes des hommes. Le retour en arrière est bien possible : après avoir été pourtant lavés de nos impuretés, nous nous salissons de nouveau. Nous défendons notre chair en cherchant une autre justification, car il nous est bien difficile de souffrir à nouveau les douleurs de l'enfantement.

Paul n’était pas indemne de ce combat, mais il rappelle ce à quoi nous sommes appelés : être des hommes faits afin de devenir source de vie pour les autres avec la force d’enfanter. Ce qui signifie être des parents et non plus des enfants. Il en va comme du cycle de la vie, le plus jeune deviendra un jour le plus vieux, nous deviendrons forcément des pères et il convient d’accepter d’être ce que Dieu veut que nous soyons.

Alors, nous acceptons de souffrir à nouveau pour nous comme pour nos enfants, jusqu'à ce qu'ils connaissent Jésus. Ils savent certainement la vérité, mais il faut qu'ils soient convaincus, enfantés à la vie, au point que leur existence en soit transformée. Oui, vouloir être un instrument de salut pour les siens, c'est un arrachement. Enfanter à la vie, c'est une rupture dans la douleur. Nous savons quel prix Christ a payé pour nous enfanter à la vie. Ce triomphe n'a rien de conquérant, c'est la joie de la mère qui voit son bébé après avoir souffert dans ses entrailles. Combattre pour les autres, c’est accepter de perdre un peu de soi, enfanter signifie souffrir en vue d’une autre vie que la sienne. « La mort agit en nous et la vie en vous » disait Paul.

Si Christ n’est pas formé en nous par cet arrachement, nous ne pourrons être instrument de vie pour les autres. C’est pourquoi il est nécessaire d’accepter cette rupture avec nos idoles, nos plaisirs et nos multiples revendications. Il n’existe pas de résurrection sans mort. « Mon but est de le connaître lui dans la communion de sa mort pour avoir part à la résurrection ». La grâce est gratuite, mais la croix est le chemin. La délivrance est un fruit de la rupture que crée la croix sur tout ce que je considérais comme un gain. Je l’accepterai autant de fois qu'il faudra, pourvu que Christ soit formé dans les cœurs.

Le but parfait est le sacerdoce universel où tous connaissent le Seigneur. « Celui-ci n'enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant : connaissez l'Éternel ! Car tous me connaîtront depuis le plus petit d'entre eux jusqu'au plus grand » (Jérémie 31 : 34).

La réalisation parfaite de cette promesse n’adviendra que dans le ciel, mais nous courons vers ce but. Cette connaissance personnelle nous permet d'être dans sa victoire en toutes circonstances, même si nous n’avons pas d'enseignement à disposition. Elle nous permet de vaincre les faux prophètes par la capacité de discerner les faux enseignements. Paul menait un combat pour cela. Croître en Christ est le but de Dieu, il doit être le nôtre.

Toutefois cette maturité ne s’acquiert pas seul car les ministères sont aussi donnés dans ce but. « C'est lui qui a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints. Cela en vue de l'oeuvre du service et de l'édification du corps du Christ, jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ. Ainsi nous ne serons plus des enfants, flottants et entraînés à tout vent de doctrine, joués par les hommes avec leur fourberie et leurs manœuvres séductrices, mais en disant la vérité avec amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est le chef, Christ. De lui, le corps tout entier bien ordonné et cohérent, grâce à toutes les jointures qui le soutiennent fortement, tire son accroissement dans la mesure qui convient à chaque partie, et s'édifie lui-même dans l'amour. » (Éphésiens 4 : 11)

Avoir besoin des ministères est une chose biblique, mais ils sont là pour former des hommes capables de discerner les erreurs et les séductions. Un père a gagné quand son fils parvient à se passer de lui. Nous sommes appelés à la liberté glorieuse des enfants de Dieu et non pas nous laisser dicter notre conduite par des autorités établies à l’image de l’Église Romaine. Il arrive souvent que nous restions dans une sorte de pseudo-obéissance qui n’est que paresse et irresponsabilité. « Je veux me soumettre aux frères » dit-on… Consulter les frères et les pasteurs est devenu parfois une manière de se dédouaner de notre responsabilité devant Dieu. Par ailleurs, notre vie communautaire est très intense, bien plus que celle d’une paroisse traditionnelle qui n’avait que le culte et une réunion de prière dans le meilleur des cas. Autrefois cette pauvreté imposait une vie personnelle. Ai-je vraiment prié avant de demander un « entretien » ? Le Seigneur ne m’a t-il pas parlé par sa Parole ?

La meilleure manière de ne pas grandir, c’est de ne pas répondre à la Parole ou bien répondre comme si je n’avais rien entendu. Lorsque la Parole me dit d’offrir mon corps en sacrifice, je ne réponds pas en disant « Seigneur je te donne mon cœur » selon la formule toute prête. Mes oreilles, habituées qu’elles sont à entendre des exhortations, n’ont pas saisi le sens de la Parole.

Alors nous en venons à ressembler à ces boulimiques qui mangent comme quatre, mais vomissent tout autant… Et nous nous fermons à ce qui va donner la vie et conditionner la croissance : manger ! Celui qui mange vivra. Il ne suffit pas de s’extasier devant le bon plat ou devant une bonne recette, ou encore de téter pour le plaisir comme le font certains nourrissons qui ne boivent pas vraiment le lait maternel. On s’étonne alors que l’enfant ne grossisse pas et ne parvienne pas à maturité.

Nous sommes appelés à nous approprier l’œuvre de Christ, manger son corps et boire son sang. Cela signifie recevoir par la foi ce qu’il nous donne. Il est inutile par exemple de demander plusieurs fois pardon pour la même chose. Il nous faut recevoir de sa part le pardon, sans quoi nous nous disposons à la rechute, le pardon étant resté extérieur à nous. Certains disent ainsi : « je n’arrive pas à saisir la grâce » mais il ne savent même pas ce que signifie la grâce ! Comme le disait Catherine Challier au sujet des athées : « ils ne sont pas athées, ils sont ignorants, car il ne savent pas de quel Dieu ils sont athées ! »

Ce genre de déclaration ne veut rien dire si nous n’avons pas pris soin d’être réellement à l’écoute des enseignements de la grâce. Le salut n’est que par grâce, et la Parole et l’Esprit Saint sont là pour nous conduire à la grâce et nous révéler les profondeurs de Dieu. Nous n’avons pas reçu l’esprit du monde mais l’esprit de Dieu afin que nous connaissions les grâces que nous avons reçues de Dieu » (1 Corinthiens 2, version synodale).

C’était là tout le sens du ministère de Paul et donc de tout ministère dans l’Église : faire connaître les diverses grâces de Dieu. Il faut que nous soyons conduits de la connaissance de la grâce à l’appropriation de la grâce et c’est dans l’Église que ces choses sont accordées.

L’Église à ce pouvoir de pardonner et de délier, voilà un des aspects de la grâce qui devrait nous remplir de bonheur !

La grâce à bon marché n'existe pas plus que la grâce chère. La grâce est gratuite, mais elle m’invite à consacrer mon corps en offrande, à me livrer entièrement à Dieu par amour.

Si j’ai goûté la grâce, alors je désire être entraîné dans ce grand mouvement de croissance qui concerne tous les membres du corps qui s'élèvent vers la mesure de la stature parfaite de Christ. Quel dynamisme, quelle vie, quelle liberté, comment ne pas nous y engager ? Nous ne mesurons pas toutes les dimensions de la grâce et de l’amour de Dieu en Jésus-Christ.

Nous ne grandissons pas seul mais avec les autres, par l’exhortation de la grâce à travers les ministères, grâce que nous communiquons aussi pour notre part. Chaque partie du corps donne et reçoit. Les femmes ont particulièrement un rôle à jouer par l’enseignement bienveillant qui doit être sur leurs lèvres (Proverbe 31 : 26), notamment envers les jeunes filles de l’Église.

« Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel » (Colossiens 4 : 6). C’est la vision de l’Église, le sens de notre appel. Nous avons tout reçu par grâce car nous avons été aimés. En réponse, nous aimons le Seigneur et les choses réservées nous sont révélées de manière à ce que nous grandissions ensemble. Même les prédicateurs les plus expérimentés ont besoin des autres pour grandir dans la stature parfaite de Christ.

Ceux qui s’engagent dans ce courant ne courent pas pour rien et ne battent pas l’air avec des mots inutiles car leur parole communique la grâce à ceux qui écoutent. Que le Seigneur nous renouvelle dans la joie d’être dans cette course vers la cité céleste, que nul ne se prive de l’enseignement de la grâce afin de parvenir à la maturité pour le grand jour. C’est lui qui nous a appelés, il est fidèle et c’est lui qui le fera.

Daniel et Jérémie

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