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La foi et les œuvres d’après Jacques

Publié le dimanche 01 octobre 2017

Les avertissements solennels que contiennent ces exhortations peuvent nous ébranler et nous décourager. Nous ne voudrions pas que ces pages soient lues dans un esprit d’accusation, mais au contraire, dans la perspective d’orienter notre foi pour qu’elle soit amenée à la perfection, celle de Jésus, car c’est lui qui a promis de le faire en nous. 

« Mes frères, à quoi bon dire qu'on a la foi, si l'on n'a pas les œuvres ? Cette foi peut-elle sauver ?Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l'un d'entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous ! sans leur donner ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ?

Il en est ainsi de la foi : si elle n'a pas d'œuvres, elle est morte en elle-même. Mais quelqu'un dira : Toi, tu as la foi ; et moi, j'ai les œuvres. Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, par mes œuvres, je te montrerai ma foi.Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien ; les démons le croient aussi et ils tremblent.

Mais veux-tu comprendre, homme vain, que la foi sans les œuvres est stérile ? Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres, pour avoir offert son fils Isaac sur l'autel ? Tu vois que la foi agissait avec ses œuvres, et que par les œuvres sa foi fut rendue parfaite. Ainsi s'accomplit ce que dit l'Écriture : Abraham crut à Dieu, et cela lui fut compté comme justice;et il fut appelé ami de Dieu.Vous le voyez, c'est par les œuvres que l'homme est justifié, et non par la foi seulement. Rahab la prostituée ne fut-elle pas également justifiée par les œuvres, pour avoir reçu les messagers et les avoir fait partir par un autre chemin ? Comme le corps sans esprit est mort, de même, la foi sans les œuvres est morte. »

Jacques 2 : 14 à 26

Le choix de méditer sur l’épître de Jacques en cette période d’anniversaire des 500 ans de la Réforme peut paraître quelque peu ironique ou rétrograde, Luther ayant jugé cette épître comme une épître de paille… Pourtant, elle nous place bien devant la foi véritable par laquelle nous sommes sauvés. Sauvés,nous le sommes bien par la foi et non par les œuvres, car Jésus-Christ  a tout accompli, mais la foi qui était celle d’Abraham et de Luther doit être aussi notre foi, car il existe bien une foi morte que Jacques appelle la foi des démons.

Jacques nous dit que la foi est morte si elle n'a pas d'œuvre, car les démons croient aussi et ils tremblent ! Il est rare en effet de voir un possédé qui ne croit pas, car en général, on n'est pas hostile à quelque chose qu'on ne croit pas… Ainsi, affirmer avoir la foi ne signifie pas grand-chose en soi. Surtout si on y ajoute : « Dieu seul connaît les cœurs » pour justifier l’absence d’œuvres de foi. Nous pouvons donc avoir des mots religieux à la bouche tout en vivant n’importe comment. Il est à craindre que cette foi soit pire que l'incrédulité.

Autrefois, les médecins constataient les décès en mettant un miroir devant la bouche du défunt. Devant l’absence de souffle, ils pouvaient décréter que c’en était fini, la personne était morte. Voilà ce qu’est notre foi si elle n’est pas suivie d’œuvres, elle est morte, elle a perdu son souffle, il n’y a rien sur le miroir. Il s’agit donc de considérer nos œuvres pour savoir quelle foi nous anime,pour que nous soyons dégagés de toute illusion mortelle. Il ne faudrait pas que nous ayons une foi de démon et que le Seigneur nous dise au moment de la rencontre : «  je ne t’ai jamais connu ! »

Une foi n’a aucun sens si elle ne s’exprime pas, pas plus qu’il n’y a de sens d’embrasser un cadavre.

Beaucoup d’associations chrétiennes ont fini par dissocier la foi et les œuvres. L’administration fiscale nous y a contraints aussi, mais nous ne devons pas oublier que les deux activités sont un culte. Dissocier la foi des œuvres reviendrait à dissocier l’âme du corps, comme le dit si bien l’apôtre.

Aujourd’hui, on peut avoir une philosophie sans avoir fait un seul effort concret pour la mettre en œuvre. On dissocie ce qu’on dit de ce qu’on fait. C’est le scandale de notre génération qui gagne aussi la vie des Eglises, de sorte qu’on peut se déclarer chrétien sans pour autant vivre en chrétien.

La foi authentique est appelée à s’exprimer de manière claire, et l’apôtre Jacques nous donne deux exemples très instructifs.

Deux types d'œuvres sont ici mentionnés, celles d’Abraham et celles de Rahab. Le premier accepte de perdre l'objet unique de son espérance, son fils unique, le fils de la promesse. Cette œuvre ne sert à personne, mais elle manifeste la foi par une obéissance exemplaire. L'autre est une bonne action, une aide accordée aux espions au moyen d’un mensonge !

Nous sommes fils d'Abraham par la foi. Autrement dit, c’est en croyant comme il a cru que nous sommes justifiés. Il peut paraître étonnant que toute la Parole rende témoignage de sa foi alors que dans plusieurs circonstances, Abraham apris des décisions pas très louables en allant vers Agar ou en disant que sa femme était sa sœur... Toujours est-il que la foi d’Abraham citée constamment en exemple trouvera son prolongement évangélique en la personne de Jésus-Christ. Cette foi se manifeste dans la contradiction la plus déchirante qui soit. A l’heurede Gethsémané, Jésus a accepté de vivre l’incompréhension la plus totale. Satan réclame sa vie et Jésus, en proie aux angoisses, s’abandonne entièrement au Père en disant :« toutefois ta volonté et non la mienne ». L’aboutissement de son ministère terrestre semblait compromis et plus rien n’avait de sens pour lui à cet instant. De même, Abraham aurait pu dire à Dieu :« demande moi tout ce que tu veux, mais pas mon fils ! » Comment comprendre cet ordre si cruel ? Comment accepter de perdre ce qui était pourtant l’objet de la promesse ? Et par-dessus tout,comment peut-on vaincre le sentiment d’attachement filial, sinon par un acte d’obéissance totale, fruit d’une confiance absolue ?

On aime voir la récompense de notre foi, être reconnu pour le prix que l’on a payé, les choses auxquelles nous avons renoncé pour suivre le Seigneur. Ces choses nous paraissent légitimes. L'adversité nous amène à comprendre que nous ne sommes pas en mesure de décider de ce qui est bon. Il peut arriver que, regardant en arrière pour estimer nos sacrifices, nous soyons pétrifiés en statue de sel comme la femme de Lot… Répondre à l’appel du Seigneur signifie tout laisser, accepter que l’épée déchire notre âme, sans que les promesses ne soient remises en question pour autant. Nos attachements ne peuvent entrer en ligne de compte, quand il s’agit de l’obéissance à la volonté de Dieu.

Paul amenait les païens à l'obéissance de la foi, c'est à dire la soumission entière à la volonté de Dieu. Notre bourgeoisie religieuse nous fait séparer la foi de l'obéissance, mais la foi n'est pas mièvre, c'est une foi de sacrifice qui accepte la perte. A aucun moment, la Parole laisse entendre qu’une demi-mesure est possible. Nous sommes appelés à poursuivre la pleine mesure. Il est dit de certains croyants qu’ils ont accepté de ne point voir de délivrance afin d’obtenir une meilleure résurrection… Comme si la qualité de notre sacrifice avait un rapport avec la qualité de notre résurrection… aussi mystérieux que cela puisse être. Il n’est aucunement question de faire ici l’éloge du martyre, mais de comprendre une chose : même si nous ne voyons pas l’effet de la promesse, rien ne doit nous détourner de l’obéissance et de la confiance, comme Abraham a dû l’accepter au moment de sacrifier son fils. Le fruit de la résurrection est une promesse bien plus grande qui nous permet d'accepter l'obéissance de la foi. Laissons-nous donc conduire vers ce qui est bon, vers ce que Dieu prévoit pour nous. Il n'a pas honte d'être appelé notre Dieu, car il nous a préparé une cité.

L’autre exemple cité par Jacques concerne une courtisane, Rahab, dite la prostituée. A première vue, cette histoire a de quoi déstabiliser. Si l’on transpose un tant soit peu cette situation avec ce que l’on pourrait vivre aujourd’hui, la situation nous paraîtrait pour le moins ambiguë. Pas sûr que nous verrions d’un bon œil qu’un évangéliste ayant à cœur la ville de Paris commence par gravir les marches d’un appartement de prostituée à Pigalle…

A cette incongruité s’en ajoute une autre : Rahabprotège les espions à l’aide d’un mensonge élaboré dans les règles de l’art. Mais un mensonge qui lui fait encourir un risque. Les sourcilleux sur les questions de vérité auraient plutôt choisi la dénonciation, préférant trahir que de courir un tel danger. Rahab les reçoit et les cache. Elle prend le risque de détruire sa maison, car elle reconnaît que le Dieu des espions est le Dieu véritable. Notre idée de la justice et de la vérité s’en retrouve bouleversée. Cette assurance dans ce qui nous paraît juste peut cacher beaucoup de trahisons et de lâchetés. Notre justice s’exercerait-elle au détriment de la miséricorde et du risque de la foi ? Beaucoup de trahisons sont faites sous couvert de justice.

Certes, il est dangereux de couvrir des bannis et de se mettre du côté des persécutés. Marcher par la foi peut nous conduire à contre-courant des autres et il est toujours périlleux de faire l'œuvre de Dieu, on y engage sa vie. La loi qui est supérieure à toutes les lois est celle de la charité. Certains ont risqué leur vie pour s’y être rangés.

Faut-il dire la vérité ? Nous vivons dans une société de prévention où l’on cherche à se protéger de tout. On se met ainsi du côté de la loi des hommes, jusqu’à faire corps avec elle. Dans cet esprit, on ne risque pas de cacher des espions. Pour autant, est-il juste de transgresser sans tenir compte des lois humaines et des autorités que Dieu a établies ?

Il existe un principe de vérité, mais il existe aussi un principe de loyauté et un principe d’amour. Chaque loi doit être respectée mais une loi est supplantée par une autre qui lui est supérieure.

En tant que croyants, nous respectons la loi des hommes et nous nous efforçons d’y obéir dans tout ce qu’elle impose. Mais nous ne sommes pas du côté de la loi. La loi est la loi, nous sommes le peuple de Dieu soumis à une loi supérieure, celle de la charité. Ce sont deux entités bien distinctes qu’il ne faut pas confondre. Nous n'avons pas à nous emparer de la loi pour prévoir, nous protéger ou menacer les autres, Rahab n’a pas agi ainsi.

La question est donc de savoir s’il faut à tout prix sauver sa peau ou accepter de servir Dieu par la foi à nos risques et périls ? En voulant sans cesse calculer les risques et évaluer les difficultés, nous risquons fort de perdre ce qui fait notre communion et solidarité. La crainte s'empare de nous et nous commençons à calculer nos possibilités et nos œuvres pour qu'elles soient les plus raisonnablespossible. L'alternative n'est pas la transgression mais la marche de la foi, la crainte de Dieu plus que les hommes. Croyons-nous encore que Dieu peut incliner le cœur des autorités en notre faveur ? Nous venons d’expérimenter qu’il peut le faire au-delà de ce que nous pouvions imaginer. La maison de Rahab a été protégée selon la promesse.

Nous sommes appelés à nous dissocier des peurs du monde obsédé par la sécurité, pour être du côté du peuple de Dieu, quitte à subir ses tribulations. Accepter de courir un risque avec ceux qui courent un risque et d’avoir part à leur combat parce qu'on aime. L’œuvre de la foi est bien cet amour-là. C'est un amour qui nous perd quant à notre sécurité. C’est l’œuvre véritable de ceux qui croient, tandis que la sécurité des insensés les perd, dit la Parole.

Dans nos calculs précis, où se trouventl'amour, le partage ?Accepterons-nous de travailler pour la maison de l’autre au détriment de la nôtre ?

Il ne s’agit donc pas de dire : « va en paix, réchauffe toi », sans donner de quoi. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Il est vrai qu’on peut vite se cacher derrière le conseil des frères pour ne pas assumer sa décision. Mais il existe aussi des frères qui donnent des conseils sans en subir aucune conséquenceet qui diront ensuite :« c’est ton problème ! ».Cette réaction est un refus de souffrir avec l’autre, un refus d’être encombré. C’est la position de l’incrédule qui compte et garde jalousement sa sécurité personnelle, ne voulant subir aucun opprobre. S’il réussit, c’est grâce à son travail et ses bons calculs, les autres ont mal calculé, tant pis pour eux. C’est ainsi que l’on tue la communion fraternelle. Ce qui est à César est à César, mais ce qui est à Dieu est bien à Dieu. Mon frère est à Dieu et c’est de lui que je dois m’inquiéter.

Il faut convertir nos cœurs et cesser d'être conduits par Mammon,en se cachant derrière notre propre justice. Sans quoi, comment pourrions-nous encore prononcer les paroles de consécration de nos si beaux cantiques ?

Jésus a dit «  aimez vos ennemis ». Il arrive parfois que nos frères deviennent comme ennemis à nos yeux. C’est là que l’amour coûte. Aimer les frères, oui, mais dans la mesure où toutes les conditions sont réunies. Si j'aime ceux qui m'aiment, je suis comme les païens dit la Parole. 

Jésus l’innocent est mort pour des coupables et il a aimé ses ennemis. La croix de Jésus-Christ est bien une injustice humaine, c’est pourtant l’acte qui me sauve. Le justicier est l'ennemi du peuple de Dieu. Je dois comprendre que mon sentiment d’injustice est injuste, seul le Seigneur est juste.

Beaucoup de réactions paranoïaques s’expriment (où se cachent) dans l’Eglise, mais nous oublions que nous aurons à rendre compte de notre amour et non de l’amour des autres pour nous. Il est bien plus grave d’être méchant que d’être victime.

Nous voulons avoir la paix etla sécurité, mais la paix de Dieu est plus grande. Nous voudrions l'approbation des hommes, mais celle de Dieu est plus grande. Quand l’œuvre de la grâce et de la charité se manifestent, alors nous sommes d’un même cœur et d’une même âme et nous pouvons marcher ensemble à l’image de ce que vivaient les premiers chrétiens. Ne perdons pas de vue le travail de l'amour et excellons dans les bonnes œuvres. Nous vivons déjà ces choses, car notre mission vit de cette générosité. Nous bénissons les frères et sœurs qui ont encore récemment donné de leurs biens et parfois même tout ce qu’ils avaient pour l’œuvre de Dieu. Le Seigneur n’est pas injuste pour oublier l’amour manifesté. La récompense de notre service n’est pas la protection de notre patrimoine, mais bien celle qui nous estréservée dans le ciel. 

Peut être n’avons nous pas assez pour nous, mais la foi, c’est agir pour porter la détresse de l’autre et le secourir dans son besoin. Le Seigneur aime ceux qui aiment en se donnant.

Nous sommes sous la loi de Jésus-Christ. Que sa loi soit notre loi et le Seigneur fera croître encore la bénédiction, fruit de la grâce, de la générosité et du don.

Fraternellement

Daniel et Jérémie

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