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Le vrai combat

Publié le samedi 17 septembre 2016

« Lorsque tu sortiras pour camper contre tes ennemis, garde-toi de toute chose mauvaise. S'il y a chez toi un homme qui ne soit pas pur par suite d'un accident nocturne, il sortira du camp et ne rentrera pas au milieu du camp ; sur le soir il se lavera dans l'eau, puis au coucher du soleil il pourra rentrer au milieu du camp. Tu auras un endroit à l'écart hors du camp, et c'est là dehors que tu sortiras. Tu auras parmi ton bagage un outil, et quand tu t'accroupiras au-dehors, tu feras un creux, puis tu reviendras après avoir couvert tes excréments. Car l'Éternel, ton Dieu, marche au milieu de ton camp pour te protéger et pour livrer tes ennemis devant toi ; ton camp sera donc saint, afin que l'Éternel ne voie chez toi rien d'inconvenant et qu'il ne se détourne pas de toi. » (Deutéronome 23 : 10 et 15)

Il peut paraître incongru de s’arrêter sur un tel passage traitant des règles de pureté et d’hygiène d’un peuple nomade vivant il y a plus d’un millénaire avant Jésus-Christ... Étrange que Dieu s’attarde ainsi sur des choses aussi concrètes et prosaïques, se dit-on. En se laissant un peu aller, on pourrait même tourner en dérision de tels passages. En quoi peuvent-ils être une instruction pour nous aujourd’hui ? L’importance de la souillure et ce qu’elle représente aux yeux de Dieu nous apparaît déjà avec évidence. La souillure physique était considérée comme souillure morale ou spirituelle. Toutes ces prescriptions contenaient donc un sens didactique : apprendre la différence entre le pur et l’impur, le souillé et le propre. Tolérer l’impur, c’était s’exposer à l’éloignement de Dieu, risquer d’être abandonné dans ses combats ! Le camp devait donc être saint, la présence de Dieu était soumise à des conditions.

Toutes les conquêtes d’Israël avaient pour but le pays promis. Sur sa trajectoire, le peuple se devait d’affronter les occupants des territoires traversés au prix de batailles sanglantes. Pour accomplir sa vocation, le combat était inévitable.

L’histoire de l’Église nous apprend que les chrétiens belliqueux désireux d’en découdre avec les armes se sont servis de ces récits comme appui. Les croisés, bien sûr, les huguenots, bien plus tard. Ces derniers comparaient volontiers leur combat avec ceux d’Israël, mettant de côté le message du Nouveau Testament. Mais on observe qu’aujourd’hui encore, c’est toujours dans l’Ancien Testament que l’on puise les justifications pour« conquérir des territoires » au diable et si possible la terre entière. C’est exactement ce que veut signifier le cantique évangélique : «  nous voulons voir Jésus élevé comme un étendard sur ce pays ».

Outre les combats pseudo-spirituels, une autre interprétation de ces textes peut conduire à une culpabilité qui elle, procède directement du raisonnement légaliste. Il est facile de se sentir accusé lorsqu’il est question d’impureté. Il faut admettre qu’on ne trouve pas grand monde capable de se tenir dans une parfaite chasteté… A la lecture de ces textes, la conclusion suivante nous vient à l’esprit : « le Seigneur ne peut m’accompagner car je ne suis pas pur, je n’ai pas su résister à la tentation… » A l’aide de serments, nous nous efforçons de ne pas donner « de droits au diable », de combattre nos ennemis, le tout par une morale irréprochable. Nous copions Israël sans comprendre la différence : ces règles sont didactiques. Le problème n’était pas que ces souillures existent, elles sont inhérentes à la condition humaine, mais il s’agissait d’apprendre à se purifier.

Plutôt que de se focaliser sur la question de l’impureté, il nous faut comprendre ce que signifiait le combat d’Israël. Le but qu’Israël poursuivait était terrestre : subsister, vivre longtemps, obtenir les bénédictions divines et essentiellement matérielles. Voilà ce qu’Israël espérait, voilà quel était son combat avec toutes ces conditions. C’était le régime de l’ancienne alliance. Or nous vivons bien souvent comme si nous étions sous le même régime qu’eux ! Quelle est la nature du combat que nous menons ?

Notre optique n’est en définitive pas si éloignée de celle de peuple juif : avoir une longue vie, -surtout vieillir le moins vite possible-, être prospère, performant, gagner, « faire du résultat »... Robert Redeker dans son livre Egobody (Robert Redeker, Egobody : la fabrique de l’homme nouveau, Fayard, 2010) décrit l’homme d’aujourd’hui exactement ainsi. Un être sans âme, « déshumanisé », entièrement tourné vers la performance et le culte de son image. Beaucoup d’entre nous, influencés par ce modèle, poursuivent cette performance dans tous les domaines pour eux et leurs enfants. C’est le combat de la chair, celui d’Israël ! A la différence que leur combat était livré selon l’ordre de Dieu tandis que nous menons le nôtre pour nos intérêts. Un combat fait de lois mais sans paix.

Notre combat n’est donc pas le bon car un chrétien ne vit pas pour la terre, toutes ces choses pour lesquelles nous luttons nous seront données par-dessus, promet le Seigneur (Matthieu 6 : 33). Se battre pour gagner n’est pas le combat du chrétien.

Existe-t-il aujourd’hui un chrétien qui vit dans le repos tel que nous demande la Parole ? C’est à dire, un homme qui parvient à vivre dans la confiance et la paix en sachant que ses biens ne sont pas le fruit de ce qu’il a fait, mais de ce que Dieu lui a donné ; que la victoire n’est pas ce qu’il obtient, mais celle qu’il reçoit de la part du Seigneur ? Même un pasteur peut se battre pour que son Église grandisse, se démener pour justifier son existence et occuper son temps. N’est-il pas appelé à un autre combat ?

Le peu d’exaucements dans nos combats nous conduisent à nous interroger sur leur nature. Les combats mentionnés dans le Nouveau Testament sont tous spirituels. Ils n’ont rien à voir avec un objectif humain.

Il s’agit de comprendre l’esprit de la lettre. La chair nous rend sans force pour accomplir le bien. Comment se sortir de cette impureté qui sans cesse nous envahit au point que la chute est plus courante que la victoire ? Assurément pas en livrant un combat pour en-bas. Se démener pour tout ce qui touche à notre périmètre, transpirer, s’agiter, tant d’énergie dépensée, mais dans quel but ? Gagner toujours plus et étaler ensuite nos réussites sur les réseaux sociaux ? Notre vie est en-bas et ce n’est pas le combat d’Église. Notre combat n’est pas de faire, de chercher à être. Il est spirituel et, soyons-en sûrs, il n’est pas ordinaire.

« Souffre avec moi comme un bon soldat du Christ-Jésus. Il n'est pas de soldat en campagne qui s'embarrasse des affaires de la vie, s'il veut plaire à celui qui l'a enrôlé, et l'athlète n'est pas couronné, s'il n'a combattu suivant les règles. Le laboureur qui peine doit être le premier à recueillir le fruit. » (2 Timothée 2 : 3-6)

Nous avons tous des affaires dans la vie mais nous ne sommes pas contraints d’être embarrassés par elles. Or beaucoup d’entre nous sont accaparés la plupart du temps pour des choses qui n’ont aucun impact dans l’éternité. On souffre mais on ne produit pas d’actes salutaires comme le dit le prophète Ésaïe. Nos efforts sont vains pour le royaume. Sans parler d’engagement ecclésial, comment vivons-nous nos professions ? « Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâces par lui à Dieu le Père. » Colossiens 3 : 17. Notre quotidien, quel qu’il soit, est appelé à être vécu dans l’esprit du culte, pour le Seigneur et dans l’esprit de la reconnaissance.

« Bien-aimés, comme je désirais vivement vous écrire au sujet de notre salut commun, je me suis senti obligé de le faire, afin de vous exhorter à combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes. » (Jude 1 : 3)

Le vrai combat se situe au niveau de la foi : la conserver saine, la transmettre, dénoncer les fausses doctrines. Paul dit encore aux Colossiens : « Je veux, en effet, que vous sachiez quel grand combat je soutiens pour vous, pour ceux de Laodicée et pour tous ceux qui n'ont pas vu mon visage, afin que leur cœur soit consolé, qu'ils soient unis dans l'amour et enrichis d'une pleine certitude de l'intelligence, pour connaître le mystère de Dieu, Christ, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. »

A la lecture de ces textes, nous réalisons combien nous sommes éloignés des combats du chrétien. Nos combats visent à mieux profiter de la vie, voilà tout. Aucun rapport avec l’éternité mais seulement rendre l’existence agréable, posséder, voire transmettre à ses enfants dans le meilleur des cas. Le but de toute chose est soi-même et sa réussite, vaincre, gagner, soigner son image en se calquant au plus près de la mode dernier cri dont le joueur de foot est devenu le nouvel emblème. Les jeunes chrétiens s’empressent de l’imiter, oubliant au passage que ces héros naviguent dans un milieu reconnu comme des plus corrompus qui soit. Ces nouveaux modèles vont même jusqu’à dicter la longueur de la barbe et la manière de la tailler… Comme le dit si bien Robert Redeker : « le bruit du sport nous tient lieu de pensée… »

Qui va combattre pour nos enfants qui doutent ? Réalisons-nous qu’ils sont assaillis sans cesse par l’impureté du monde et qu’ils vivent au quotidien dans une ambiance où la foi n’existe plus ? Il est devenu ringard voire anachronique de croire. L’incrédulité est enseignée comme une vertu, elle gagne leur cœur. L’image de soi est la préoccupation constante de chacun, un poison qui tue l’âme. Nous pouvons entendre les plus belles exhortations qui soient, nous restons les mêmes, faute de combattre et de vraiment se repentir. Oui, nous sommes bel et bien pris par un autre combat que celui de la foi, du maintien de la vérité, de l’espérance et de l’amour. Nous n’avons plus l’idée de ployer les genoux dans la prière et l’intercession car le monde et ses préoccupations terrestres envahissent nos âmes et nos maisons.

Tous ces reproches, nous pouvons nous les faire, mais ce que le Seigneur attend de nous, c’est de retourner au vrai combat. Tout combat implique renoncements et périls, mais nul ne peut abdiquer sans risquer de s’exposer à un péril plus grand encore.

Le combat était bien difficile pour Paul aussi. « Je veux, en effet, que vous sachiez quel grand combat je soutiens pour vous » disait-il aux Colossiens. Il ne se préoccupait pas seulement de son microcosme pour le voir grandir, il priait aussi pour ceux qui ne le connaissaient pas afin que leur cœur soit consolé, qu’ils soient unis dans l’amour et reçoivent une pleine certitude de l’intelligence, en vue de connaître le Seigneur et sa communion. Autant de choses que l’on voit si rarement… Comment retrouver la même vigueur de conviction que celle des premiers jours où nous avons cru, une pleine certitude qui va convaincre aussi les autres et renverser leur raisonnement ? Amour, consolation, connaissance, voilà le combat chrétien. C’est autre chose que d’appeler le Seigneur à notre aide dans nos combats personnels. Ces derniers restent sans réponse car tournés vers nous, orientés vers la terre.

Laissons nos cœurs se détacher de la terre pour les tourner vers les vérités éternelles. Ne nous trompons pas de combat, ne nous trompons pas de but. Nos impuretés inhérentes à notre nature humaine peuvent nous encombrer, mais nous sommes appelés à nous en purifier par la repentance et la foi. Non pour paraître impeccables à nos yeux mais pour livrer le combat qui nous est demandé.

Alors l’Esprit du Seigneur se manifestera, car notre but est le sien et nous combattons pour ce qu’il veut. « A celui qui vaincra je donnerai la couronne de vie. ».

Répondons de tout cœur à cet appel, combattons le bon combat jusqu’au bout. Que le Seigneur nous rende sensibles afin de ne plus être embarrassés par ce qui n’a aucune valeur à ses yeux. Et que sa gloire soit dans le camp, dans son Église, et que nos enfants croient, en voyant en notre personne des exemples de foi.

Daniel et Jérémie

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