Menu supérieur

  •  

/ Parole partagée / Exhortations / Quelle plénitude ?

Menu gauche

search



précédant haut suivant

Quelle plénitude ?

Publié le lundi 27 juin 2016

Ephésiens 3 : 14

« Je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom, afin qu'il vous donne, selon la richesse de sa gloire, d'être puissamment fortifiés par son Esprit dans l'homme intérieur ; que le Christ habite dans vos cœurs par la foi et que vous soyez enracinés et fondés dans l'amour, pour être capables de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et de connaître l'amour du Christ qui surpasse (toute) connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu'à toute la plénitude de Dieu. Or, à celui qui, par la puissance qui agit en nous, peut faire infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui la gloire dans l'Église et en Christ-Jésus, dans toutes les générations, aux siècles des siècles. Amen. »

Être « rempli jusqu’à toute la plénitude de Dieu… » Une perspective si magnifique peut nourrir de grandes aspirations mais également de terribles déceptions pour celui qui se méprend sur le sens de la plénitude dont parle Paul. Fascinés ou anéantis, ces deux états marquent la vie intérieure des croyants qui passent le plus souvent du premier au second au cours de leur marche chrétienne… Au bout de quelques années, il n’est pas rare que ce regard incrédule et dévastateur ne laisse que culpabilité, c’est à dire l’inverse de ce que ces promesses devraient susciter. 

L’accusation provient toujours du diable et non de Dieu. Les vérités de la Parole nous sont données pour nourrir notre foi et nous conduire à la connaissance du Seigneur. Bien que le sachant, nous oublions cette réalité : c’est bien à lui qu’il faut regarder et non à nous-mêmes.

On entend souvent qu’il faut de l’étude et de la formation pour s’affermir dans la connaissance du Seigneur.  L’Écriture nous dit l’inverse : c’est la révélation de la Parole qui illumine nos cœurs, car c’est en Lui que sont cachés tous les trésors. « Qu’il vous donne un esprit de sagesse et de révélation qui vous le fasse connaître ; qu'il illumine les yeux de votre cœur, afin que vous sachiez quelle est l'espérance qui s'attache à son appel, quelle est la glorieuse richesse de son héritage au milieu des saints … » (Ephésiens 1 : 18)

C’est par la connaissance qu’il me donne de lui que Dieu, par son fils, me communique la véritable sagesse. Vouloir s’édifier, être fort, remplir notre carquois de toutes sortes de connaissances pour se rassurer et se sentir apte n’est pas le chemin biblique. Notre vie intérieure bien défaillante en est la preuve ! A-t-elle seulement été cultivée ? Avons-nous, pour autant, écouté le Seigneur ?

Il est vrai que nous menons tous des vies trépidantes. Envahis jusque dans notre intimité par les médias et outils de communication (nous en savons aussi quelque chose...), comment pourrions-nous réfléchir aux choses spirituelles ? Comment avoir une piété dans une société comme la nôtre ? Certes, beaucoup de choses nous préoccupent, mais nous ne sommes pas la seule génération à avoir des soucis. Nous n’avons pas à lutter avec angoisse pour gagner notre pain (au pire des cas, le RSA nous est garanti…), mais nos désirs vont évidemment bien au-delà de la nourriture et du vêtement.

Si notre homme intérieur est fortifié, les activités et préoccupations ne nous détournent pas du Seigneur, car nous sommes en lui et Il est en nous. Beaucoup de croyants n’ont pas été un exemple dans leur vieillesse, ne manifestant aucune espérance, n’attendant plus rien et sombrant dans un silence aigri. Face aux réalités de l’existence, les forces de conviction s’érodent peu à peu, un regret de ne pas avoir vécu plus, servi plus, aimé mieux… Et puis, la détérioration des neurones rend certains hagards et perdus. La vie du Christ est-elle liée à la faiblesse des neurones ? La promesse de Dieu est l’inverse : « quand l’homme extérieur se détruit, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour » affirme l’apôtre Paul. Il parle de la présence de Christ en nous.

Quand l’homme intérieur devient défaillant, la certitude d’être en Christ s’amenuise. Devant cette réalité, Paul ne porte aucune accusation, mais il prie pour ses frères afin que Jésus leur soit révélé par l’Esprit et que sa vie grandisse en eux.

Se former en vue d’avoir un enseignement solide est une bonne chose, mais cette formation suit la véritable connaissance, elle ne la produit pas. Les structures théologiques sont utiles pour ceux qui connaissent déjà le Seigneur, mais ne sont en aucun cas un moyen pour le connaître. Rappelons-nous ce que disait Jésus : « Vous sondez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de moi. Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! » (Jean 5 : 39)

De même, le culte n’est pas un moyen pour arriver à la révélation, il n’en est que l’expression. Que ce soit l’intelligence ou les émotions, rien ne saurait nous faire atteindre la connaissance du Seigneur autrement que par la révélation qu’il nous donne de Lui. C’est donc à lui que nous allons pour « connaître le mystère de Dieu, Christ, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. » (Colossiens 2 : 1)

Un des drames de notre temps consiste à vouloir s’arracher des affections naturelles. C’est ainsi que l’on cherche à séparer les enfants de leurs parents pour les rendre soi-disant libres (ou esclaves de la philosophie de l’éducation nationale) ; dépourvus d’affection naturelle et de repères structurants, ils vont chercher alors une compensation ailleurs pour remplir leur âme. La recherche de spiritualité en fait partie. Elle se fait dans une quête individuelle, en vue d’un épanouissement personnel, seul remède proposé aujourd’hui. Le culte « festif » sur le modèle des divertissements télévisuels fait partie de ces supercheries. Une recherche spirituelle qui trouve une exaltation momentanée par le truchement de la musique et des rythmes sur fond de slogans stimulants, mais qui laisse vides et seuls dans l’épreuve. Ployer les genoux devant le Père « afin qu’il nous donne d’être puissamment fortifiés dans l’homme intérieur » signifie certainement bien autre chose.

Tant de choses peuvent se dresser comme obstacles à cette prière et ce combat, les déceptions et douleurs n’en sont pas des moindres. Ce qu’a vécu le diacre Étienne est à cet égard bouleversant : bientôt enseveli sous les pierres, il prie son Seigneur et voit Christ debout à la droite de Dieu. Si c’est bien le Seigneur que nous cherchons, cette révélation peut nous accompagner partout et surtout lorsque nos convictions sont mises à mal. Quel autre refuge avons-nous que de chercher le Seigneur ? Les raisonnements théologiques ne présentent que contradictions, car dès qu’un principe est affirmé, 1000 autres versets nous viennent à l’esprit pour contredire ou du moins le nuancer… Peut-on écarter ces versets pour sauver le système théologique ?

Lorsque nous cherchons le Seigneur, le voile alors s’enlève et il nous dit : « j’ai tout accompli ». Avec un cœur humilié et repentant, je peux confesser cette vérité partout : dans mon environnement professionnel, face aux gens qui m’humilient ou m’exaltent, au volant de ma voiture… Oui, il est une vie intérieure, une Parole révélée qui nous ramène à Lui.

Cessons de chercher à nous édifier, à nourrir notre moi, car c’est en Christ que sont cachées toutes choses. Le peu qu’il me révèle de lui me remplit plus que toutes les nourritures que je convoite, le peu de Lui est beaucoup plus que le tout des autres ! Oui, le grain de sénevé est insignifiant, mais il est tout. Le juste vit par la foi, foi dans ce qui est petit et faible au niveau humain, ce qui disparaît en terre et meure, mais qui ressuscite. « Regarde à moi » nous dit Jésus ! Cette réalité dépasse notre entendement, mais elle fait vibrer nos cœurs. Jean-Baptiste, encore dans le sein d’Élisabeth, trésaille en présence de Marie qui porte en elle le Messie ! C’est au-delà de la perception, c’est une réalité spirituelle.

Christ doit habiter dans nos cœurs, il se reçoit par la foi : « qu’il habite dans vos cœurs par la foi. » L’écriture n’est pas un objet d’étude à utiliser à nos fins, elle nous parle du fils et nous le révèle, dans la mesure où c’est le Seigneur que l’on cherche et rien d’autre. C’est lui que je cherche dans la Parole et il se révèle à ceux qui l’aiment.

Ce mystère se révèle particulièrement dans l’Église qui est son corps où réside la plénitude et non dans une solitude mystique. Nous tous, pierres vivantes, sommes rassemblés pour que la plénitude si méprisable au regard humain soit manifestée dans son corps.

Nous voulons bâtir parfois l’œuvre de Dieu comme le font les bâtisseurs qui rejettent la pierre angulaire, ils ne s’en occupent guère, au mieux la rajoutent, contraints qu’ils sont par leur doctrine. Pourtant, la force et la vie, c’est lui ! Rejeté, trop petit, humilié, mais plénitude ! C’est dans le silence des cœurs brisés, délivrés des illusions et qui le cherchent comme la seule espérance, que le Seigneur se révèle. Il n’éteint pas le lumignon qui fume, il accomplira sa promesse, si nous ne rejetons pas la pierre angulaire.

La Parole se reçoit, se mange et se boit. Elle produit la vie, tout comme les aliments avalés font leur travail en nous, pour nous maintenir en vie. Au moment de nous nourrir, nous ne nous attardons pas sur ce processus, nous avons simplement confiance que le pain nous donne la force, nous avons confiance que l’eau désaltère. On pourrait appeler cela l’appropriation vitale : il ne s’agit pas de le savoir mais le recevoir : c’est l’acte de foi. La Parole crée la foi, elle la renouvelle, la nourrit. On vit par elle et on vit pour elle, comme nous vivons de Christ et pour Lui.

Paul demande dans ses prières que les Éphésiens soient fortifiés dans leur homme intérieur, en sorte que Christ habite en eux par la foi. Christ habite nos cœurs et nous sommes fortifiés par lui, mais c’est en étant fortifiés par Lui qu’il habite d’autant plus en nous… Tout est lié et se résume par ce cadeau : Dieu a voulu faire en nous son habitation, nous sommes temples et cela sans nos efforts, encore moins nos mérites. L’homme nouveau est la transformation opérée par l’Esprit avec tous les bienfaits de ce don. « Si tu connaissais le don de Dieu » dit Jésus à la samaritaine qui avait soif.

Nous connaissons ces choses, mais elles doivent vivre et être renouvelées comme un cadeau. Paul le demandait sans cesse pour l’Église.

Il demande aussi que ses frères soient enracinés et fondés dans l’amour. Comment ressentir l’amour d’un absent ? On peut aimer ses parents ou chérir leur souvenir par les photos qu’on conserve, on éprouve de l’amour pour la femme à nos côtés, pour la mère qui nous a mis au monde, mais l’amour du Christ se ressent où et comment ? Les prières font souvent mention de l’amour de Dieu, mais un sentiment d’irréalité nous trouble, ces mots sonnent faux très souvent. Au sujet de l’amour, on pourrait utiliser la savoureuse formule du Général de Gaulle : on trouve beaucoup de gens qui cherchent, mais ceux qui trouvent, on les cherche…

Nul ne peut témoigner de cet amour de lui-même. C’est le Seigneur qui en rend témoignage et les frères eux-mêmes, ceux qui vont le ressentir… car l’amour de Dieu se manifeste pour les frères, il va être le ciment des relations fraternelles. Ce critère marque la grande différence entre le croyant et le mystique. Le but de ce dernier, c’est lui : il cherche la plénitude, il se nourrit de sa spiritualité pour sa satisfaction et son épanouissement personnel. Une sorte de piété gonflée qui fait penser légèrement à la grenouille qui veut être plus grosse que le bœuf… On profite du Seigneur pour se remplir soi-même, on veut s’enrichir et on ne sait plus que l’on est pauvre, aveugle et nu. La recherche de la plénitude est faussée par la recherche de soi-même, car le vecteur s’est inversé en cours de route… C’est pourquoi, à toute étape de notre marche, nous avons besoin de nous tourner vers lui et recevoir à nouveau sa révélation.

Ce n’est pas parce que j’ai été guéri une fois que je n’ai plus besoin de me soigner et ce n’est pas une incrédulité. Oui, j’ai déjà reçu mais je dois encore recevoir, et pourtant j’ai tout en lui ! Quand je confesse la foi, alors elle est renouvelée si je suis dans la reconnaissance pour ce qu’il a déjà donné, sans être dans la convoitise de vouloir toujours plus. Des hommes peuvent vivre des désastres et dire qu’ils ont tout dans le Seigneur mais c’est eux qui le disent, il n’émane d’eux aucun signe de cette plénitude dont ils témoignent. Ils sont d’ailleurs si pleins qu’ils ne peuvent rien recevoir. Tandis que celui qui dit dans un soupir : « J’ai si peu, Seigneur » entendra cette réponse si consolante : « oui, mais tu as tout en moi ! » Alors, sa bouche prononce des paroles de reconnaissance et de foi.

Confesser sa foi est moins « pour le témoignage » -comme on dit souvent- que pour le Seigneur, par reconnaissance envers lui. Il l’attend de nous. Si la Parole me touche, je ne peux demeurer sans confesser ce que j’ai reçu ; c’est ainsi que l’on manifeste sa reconnaissance et que le Seigneur se révèle alors de plus en plus. En marchant ainsi, on se sent peut-être toujours aussi misérable qu’au début de notre vie chrétienne, mais on ne se révolte plus dans les moments où le cœur ne ressent rien, car il n’est plus l’indicateur.

La Parole dit de certains hommes qu'ils étaient « remplis de foi et d'Esprit Saint », ces hommes n'avaient pourtant rien fait de remarquable, ils auraient certainement déploré les mêmes choses que nous quant à eux-mêmes. Mais quel témoignage ! Ils connaissaient l'amour de Dieu, vivaient dans la reconnaissance, ils en portaient l’odeur. Les autres le voyaient et en étaient au bénéfice, de sorte qu’ils pouvaient attester de la réalité de leur ministère.

La plénitude n’est pas tout ressentir, ce ne serait plus croire ! La plénitude, c’est une personne. Mais si le peu que nous en connaissons transforme nos vies, qu’en sera-t-il lorsque nous le verrons ? Nous avons aujourd’hui des parcelles de cette révélation, quelques rayons pour illuminer nos cœurs aux heures les plus sombres, mais un jour nous le connaîtrons comme il nous a connus.

La vie chrétienne est une marche de foi et un regard de reconnaissance. Tout est de Lui, par Lui et pour lui. Voilà pourquoi nous aurons des couronnes dans le ciel : pour avoir quelque chose à jeter à ses pieds, une oblation à offrir. Notre ministère n'a de sens que pour l’Église et pour la gloire du Seigneur. Comme une pierre vivante, nous voulons, pour notre part, transmettre sa vie et sa connaissance. En contemplant le Seigneur dans sa Parole et en nous l’appropriant, nous sommes transformés à son image. Il fait de nous des instruments de transformation dans l’Église, car nous l’avons cherché lui et non nous-mêmes. Puissions-nous être, chacun d’entre nous, des instruments de bénédiction dans son corps.

Daniel et Jérémie

précédant haut suivant

|
|